von The Future's Black » 21. Dezember 2004 12:15
© Le Temps; 21.12.2004
OPPOSITION. L'économie et l'écologie s'unissent pour tenter d'empêcher la venue d'un géant de la pharma dans le canton de Fribourg.
Etrange coalition pour contrer un projet industriel à Galmiz
La bataille de Galmiz n'est pas encore gagnée pour Fribourg. Face à des sites concurrents dans le canton de Vaud, en Irlande et à Singapour, le canton rêve toujours d'accueillir un géant américain de la pharmacie. Mais l'opposition est tenace. Un comité, présidé par le conseiller national zurichois Rudolf Aeschbacher (Parti évangéliste) et composé dans sa très large majorité de personnalités extérieures au canton, ne veut pas du site choisi par les autorités fribourgeoises. Il l'a fait savoir ces derniers jours en organisant une conférence de presse et en publiant des annonces dans plusieurs journaux.
Motifs officiels: le dézonage de 55 hectares en zone agricole ne s'effectuerait pas dans les règles de l'art. Mais d'aucuns voient dans cette manœuvre une guerre économique lancée par Bâle et Zurich contre la Suisse occidentale. Les opposants gravitent autour de la Fondation suisse pour la protection et l'aménagement du paysage (FP). Cette institution avait déjà menacé de s'opposer au reclassement de la parcelle de Galmiz (LT du 3.12.2004).
La FP a été créée en 1970 par Pro Natura, la Ligue suisse pour le patrimoine national (Heimatschutz), l'Association suisse pour le plan d'aménagement national (Aspan), le Club alpin suisse (CAS) et la Fédération suisse du tourisme.
Le conseil de fondation est présidé par la conseillère aux Etats Erika Forster, l'épouse du président d'economiesuisse. Mais des personnalités comme Valérie Garbani (PS), conseillère nationale neuchâteloise, Eugen Haltiner, directeur général de UBS, ou Willy Loretan (PRD), ancien conseiller aux Etats argovien en font également partie, tout comme les représentants des associations fondatrices. On est bien loin de l'image d'Epinal du militant écologiste. La FP est même plutôt bourgeoise dans sa composition. Ce qui démontre que le droit de recours, combattu par la droite, n'est pas uniquement utilisé par les associations écologistes.
Erika Forster critiquée
De plus, les milieux de la finance zurichoise et de la chimie bâloise sont des sponsors de la FP, comme d'ailleurs la Confédération, des cantons, des communes, d'autres entreprises, des institutions et des personnes privées. Et cet état de fait n'a pas plu au conseiller national Dominique de Buman: «Pourquoi un comité d'opposition hors sol, piloté depuis Zurich et Bâle, s'attaque-t-il à une implantation pharmaceutique qui pourrait créer jusqu'à 1200 emplois dans le canton de Fribourg? Le possible renforcement du pôle économique de Suisse occidentale gêne-t-il à ce point les milieux de la finance zurichoise ou de la chimie bâloise? Le lobbying anti-Galmiz est en tous les cas puissant et organisé.»
Mais le démocrate-chrétien fribourgeois va plus loin: «Je m'étonne tout de même qu'Erika Forster défende le droit de recours des associations. Dans son engagement politique, elle a eu l'occasion de montrer son accord avec les thèses défendues par economiesuisse, qui, elle, s'est ouvertement attaquée au droit de recours. Je trouve cette attitude étrange.» Les liens entre la FP et le comité «Non à l'usine pharmaceutique dans le Grand-Marais» sont d'ailleurs évidents: l'ancien président de la FP, Rudolf Aeschbacher, dirige aujourd'hui le comité opposé au projet de Galmiz. A la Télévision suisse romande, Erika Forster s'est pourtant défendue d'être pilotée par la chimie bâloise. Avec un marché globalisé et une concurrence internationale, peu importerait le lieu d'implantation d'une usine. Certains voient même dans l'arrivée d'un géant américain de la pharmacie un renforcement du pôle chimique suisse.
Mais cette ingérence alémanique dans les affaires fribourgeoises n'a pas fini d'irriter. Hier, plusieurs élus du canton sont montés aux barricades pour dénoncer la leçon en provenance de Zurich et Bâle. Ce d'autant plus que les associations de protection de la nature fribourgeoises n'ont pas fait opposition au projet. Un protocole d'accord a été finalisé avec le gouvernement. Le Conseil d'Etat s'est notamment engagé à accorder des compensations écologiques, à supprimer le dézonage en cas d'échec de la candidature fribourgeoise et à assurer une desserte du site par les transports publics.
Projet convoité
Aujourd'hui, le dépôt d'un recours marquerait probablement la fin des espoirs fribourgeois. Le Conseil d'Etat doit entériner ce changement d'affectation aujourd'hui. Et la FP attaquera cette décision si le gouvernement n'arrive pas à compenser entièrement les 55 hectares réaffectés.
Le dossier «Redwood», pseudonyme utilisé pour garantir l'anonymat de la multinationale, attise les convoitises. Les investissements de départ se chiffrent en centaines de millions. Et la venue de cette société permettrait de créer jusqu'à 1200 emplois à haute valeur ajoutée d'ici à 2011. Trois sites sont en discussion: l'Aéropole II et III à Payerne, l'Y-Parc à Yverdon et Galmiz. Le choix définitif devrait être communiqué au début de l'année prochaine.
Erika Forster-Vannini est une femme souriante, sereine, sûre d'elle-même, dirait-on. Cette radicale saint-galloise baigne dans la politique fédérale depuis 1995, année de son élection au Conseil des Etats. Mais c'est aussi l'épouse d'Ueli Forster, qui a accédé en 2000 à la présidence d'economiesuisse. Cette sexagénaire ne se veut la représentante d'aucun intérêt particulier et s'offre «le luxe», comme le dit son site internet, de se forger sa propre opinion et de tenir «sa ligne». Il serait donc inconvenant et sans doute injuste de parler de «la femme de» quand on évoque la présidente (depuis 2003) de la Fondation suisse pour la protection et l'aménagement du paysage, la fondation qui s'oppose au déclassement des terrains de Galmiz. Même si les points communs ne manquent pas. Cette mère de quatre enfants, autrefois active au sein de Swissair, a travaillé aux côtés de son mari. Les activités d'une entreprise, elle les juge selon un critère simple: déterminer les buts et les actions qui sont les mieux à même de les servir en intégrant également les éléments de la responsabilité sociale. Cette amatrice de musique multiplie les engagements de nature publique. Le sida, l'ONU, l'enfance, la vice-présidence de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil des Etats sont autant de terrains de combat. De la détermination, la Saint-Galloise en montre aussi lorsque, peu après le revers des élections fédérales de 2003, elle demande à son parti, lors de l'assemblée des délégués, un profil plus marqué et moins de compromis. Elle s'affirme et veut s'occuper de «vérités désagréables». La protection de la nature fait évidemment partie de ses priorités. Ainsi, en 2003, la radicale appartenait aux soixante signataires d'un manifeste «pour la défense du paysage suisse et contre son industrialisation par l'implantation des parcs éoliens». Plus récemment, en mai 2004, elle s'est engagée avec la Fondation pour la protection et l'aménagement du paysage contre le projet d'un domaine skiable dans la région du Sibelhorn, dans le Haut-Valais. C'est une écologiste certes mais elle appartient au mouvement conservateur, le même qui vient de faire recours contre la construction d'un gratte-ciel sur l'alpage du Schatzalp, dans la région de Davos.
© Le Temps; 21.12.2004
OPPOSITION. L'économie et l'écologie s'unissent pour tenter d'empêcher la venue d'un géant de la pharma dans le canton de Fribourg.
Etrange coalition pour contrer un projet industriel à Galmiz
La bataille de Galmiz n'est pas encore gagnée pour Fribourg. Face à des sites concurrents dans le canton de Vaud, en Irlande et à Singapour, le canton rêve toujours d'accueillir un géant américain de la pharmacie. Mais l'opposition est tenace. Un comité, présidé par le conseiller national zurichois Rudolf Aeschbacher (Parti évangéliste) et composé dans sa très large majorité de personnalités extérieures au canton, ne veut pas du site choisi par les autorités fribourgeoises. Il l'a fait savoir ces derniers jours en organisant une conférence de presse et en publiant des annonces dans plusieurs journaux.
Motifs officiels: le dézonage de 55 hectares en zone agricole ne s'effectuerait pas dans les règles de l'art. Mais d'aucuns voient dans cette manœuvre une guerre économique lancée par Bâle et Zurich contre la Suisse occidentale. Les opposants gravitent autour de la Fondation suisse pour la protection et l'aménagement du paysage (FP). Cette institution avait déjà menacé de s'opposer au reclassement de la parcelle de Galmiz (LT du 3.12.2004).
La FP a été créée en 1970 par Pro Natura, la Ligue suisse pour le patrimoine national (Heimatschutz), l'Association suisse pour le plan d'aménagement national (Aspan), le Club alpin suisse (CAS) et la Fédération suisse du tourisme.
Le conseil de fondation est présidé par la conseillère aux Etats Erika Forster, l'épouse du président d'economiesuisse. Mais des personnalités comme Valérie Garbani (PS), conseillère nationale neuchâteloise, Eugen Haltiner, directeur général de UBS, ou Willy Loretan (PRD), ancien conseiller aux Etats argovien en font également partie, tout comme les représentants des associations fondatrices. On est bien loin de l'image d'Epinal du militant écologiste. La FP est même plutôt bourgeoise dans sa composition. Ce qui démontre que le droit de recours, combattu par la droite, n'est pas uniquement utilisé par les associations écologistes.
Erika Forster critiquée
De plus, les milieux de la finance zurichoise et de la chimie bâloise sont des sponsors de la FP, comme d'ailleurs la Confédération, des cantons, des communes, d'autres entreprises, des institutions et des personnes privées. Et cet état de fait n'a pas plu au conseiller national Dominique de Buman: «Pourquoi un comité d'opposition hors sol, piloté depuis Zurich et Bâle, s'attaque-t-il à une implantation pharmaceutique qui pourrait créer jusqu'à 1200 emplois dans le canton de Fribourg? Le possible renforcement du pôle économique de Suisse occidentale gêne-t-il à ce point les milieux de la finance zurichoise ou de la chimie bâloise? Le lobbying anti-Galmiz est en tous les cas puissant et organisé.»
Mais le démocrate-chrétien fribourgeois va plus loin: «Je m'étonne tout de même qu'Erika Forster défende le droit de recours des associations. Dans son engagement politique, elle a eu l'occasion de montrer son accord avec les thèses défendues par economiesuisse, qui, elle, s'est ouvertement attaquée au droit de recours. Je trouve cette attitude étrange.» Les liens entre la FP et le comité «Non à l'usine pharmaceutique dans le Grand-Marais» sont d'ailleurs évidents: l'ancien président de la FP, Rudolf Aeschbacher, dirige aujourd'hui le comité opposé au projet de Galmiz. A la Télévision suisse romande, Erika Forster s'est pourtant défendue d'être pilotée par la chimie bâloise. Avec un marché globalisé et une concurrence internationale, peu importerait le lieu d'implantation d'une usine. Certains voient même dans l'arrivée d'un géant américain de la pharmacie un renforcement du pôle chimique suisse.
Mais cette ingérence alémanique dans les affaires fribourgeoises n'a pas fini d'irriter. Hier, plusieurs élus du canton sont montés aux barricades pour dénoncer la leçon en provenance de Zurich et Bâle. Ce d'autant plus que les associations de protection de la nature fribourgeoises n'ont pas fait opposition au projet. Un protocole d'accord a été finalisé avec le gouvernement. Le Conseil d'Etat s'est notamment engagé à accorder des compensations écologiques, à supprimer le dézonage en cas d'échec de la candidature fribourgeoise et à assurer une desserte du site par les transports publics.
Projet convoité
Aujourd'hui, le dépôt d'un recours marquerait probablement la fin des espoirs fribourgeois. Le Conseil d'Etat doit entériner ce changement d'affectation aujourd'hui. Et la FP attaquera cette décision si le gouvernement n'arrive pas à compenser entièrement les 55 hectares réaffectés.
Le dossier «Redwood», pseudonyme utilisé pour garantir l'anonymat de la multinationale, attise les convoitises. Les investissements de départ se chiffrent en centaines de millions. Et la venue de cette société permettrait de créer jusqu'à 1200 emplois à haute valeur ajoutée d'ici à 2011. Trois sites sont en discussion: l'Aéropole II et III à Payerne, l'Y-Parc à Yverdon et Galmiz. Le choix définitif devrait être communiqué au début de l'année prochaine.
Erika Forster-Vannini est une femme souriante, sereine, sûre d'elle-même, dirait-on. Cette radicale saint-galloise baigne dans la politique fédérale depuis 1995, année de son élection au Conseil des Etats. Mais c'est aussi l'épouse d'Ueli Forster, qui a accédé en 2000 à la présidence d'economiesuisse. Cette sexagénaire ne se veut la représentante d'aucun intérêt particulier et s'offre «le luxe», comme le dit son site internet, de se forger sa propre opinion et de tenir «sa ligne». Il serait donc inconvenant et sans doute injuste de parler de «la femme de» quand on évoque la présidente (depuis 2003) de la Fondation suisse pour la protection et l'aménagement du paysage, la fondation qui s'oppose au déclassement des terrains de Galmiz. Même si les points communs ne manquent pas. Cette mère de quatre enfants, autrefois active au sein de Swissair, a travaillé aux côtés de son mari. Les activités d'une entreprise, elle les juge selon un critère simple: déterminer les buts et les actions qui sont les mieux à même de les servir en intégrant également les éléments de la responsabilité sociale. Cette amatrice de musique multiplie les engagements de nature publique. Le sida, l'ONU, l'enfance, la vice-présidence de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil des Etats sont autant de terrains de combat. De la détermination, la Saint-Galloise en montre aussi lorsque, peu après le revers des élections fédérales de 2003, elle demande à son parti, lors de l'assemblée des délégués, un profil plus marqué et moins de compromis. Elle s'affirme et veut s'occuper de «vérités désagréables». La protection de la nature fait évidemment partie de ses priorités. Ainsi, en 2003, la radicale appartenait aux soixante signataires d'un manifeste «pour la défense du paysage suisse et contre son industrialisation par l'implantation des parcs éoliens». Plus récemment, en mai 2004, elle s'est engagée avec la Fondation pour la protection et l'aménagement du paysage contre le projet d'un domaine skiable dans la région du Sibelhorn, dans le Haut-Valais. C'est une écologiste certes mais elle appartient au mouvement conservateur, le même qui vient de faire recours contre la construction d'un gratte-ciel sur l'alpage du Schatzalp, dans la région de Davos.