Seite 1 von 1

4 stations de base GSM/UMTS pour 500 habitants: Comment les

Verfasst: 12. Juli 2004 12:47
von The Future's Black
© Le Matin; 11.07.2004; page 5

Suisse

TÉLÉPHONIE Les « forêts d'antennes » se multiplient

Comment les opérateurs achètent les paysans

MANNENS-GRANDSIVAZ (FR) Avec quatre antennes pour cinq cents habitants, ce petit hameau de la Broye craint les nuisances. Mais il se trouve toujours des habitants pour se laisser « séduire » par les opérateurs

D'un côté, un paysan et un patron de PME. Tous deux hébergent dans leur propriété des mâts de Swisscom. De l'autre, un habitant et un conseiller communal, opposés à la prolifération des antennes de téléphonie mobile. Autour, la salle de bistrot du relais Le Marronnier, à Mannens-Grandsivaz (FR), où « Le Matin » les a conviés. Le tutoiement n'empêche pas une certaine méfiance entre les deux camps. Mais le ton reste affable, d'autant que tous pianotent de temps à autre un SMS sur leur portable.

« On a déjà donné »

Les opposants ont la parole plus déliée, et ouvrent les feux. « Avec deux antennes Swisscom et une antenne Orange, on peut dire qu'on a déjà donné », s'indignent Régis Rapin et Gabriel Ducrot, qui ont fait circuler, il y a une semaine, une pétition pour empêcher la construction d'une quatrième antenne (Sunrise) dans ce hameau qui en compte déjà trois pour cinq cents habitants (deux de Swisscom, une d'Orange). Le tout à proximité des écoles de la commune, qui accueillent 70 élèves de 3 à 11 ans.

Ce que les habitants ne tolèrent pas, c'est moins les antennes que leur dispersion: « Pourquoi ne pas construire un seul mât, partagé par les opérateurs, plutôt que de multiplier les sources d'émission d'ondes magnétiques ?» s'interroge Régis Rapin, luimême employé dans la télécommunication pour l'armée, et certain que les rayonnements non ionisants ne sont pas sans danger pour la population. Le flou des rapports scientifiques sur le sujet laisse les opposants désemparés.

Trois mâts, bientôt quatre, et ensuite ? Les opérateurs n'ont que l'embarras du choix pour gagner à leur cause les propriétaires de parcelles bien situées. Lorsque, en 1995, Swisscom s'approche de la famille Brülhart, à la tête d'un atelier mécanique, celle-ci ne laisse pas passer l'aubaine: « Outre les 10 000 francs que nous a rapportés la vente d'un bout de terrain, l'arrivée de cette antenne nous a permis de passer de zone agricole en zone industrielle, et donc de nous agrandir, reconnaît Jean-Claude Brülhart ; sans cela, nous aurions pu fermer boutique. »

S'il se montre plus discret sur les prix, Daniel Rossier, agriculteur, reconnaît que la pose d'un relais sur le toit de son séchoir à tabac, il y a un an, lui a valu une compensation non négligeable. « J'ai signé un contrat de bail de dix ans, renouvelable pour cinq ans, et touché une somme forfaitaire. » Il n'en dira pas plus. « Lorsqu'ils m'ont approché, j'ai demandé aux gens de Swisscom s'il y avait un quelconque risque pour la santé, ils m'ont dit que non. Je les ai crus, comment vérifier ?» argumente Daniel Rossier. Comme pour Jean-Claude Brülhart, l'opérateur lui a par ailleurs fait valoir que l'antenne ferait office de paratonnerre et de mise à terre, le tout à l'œil.

Les politiciens montrés du doigt

La crise que traverse l'agriculture est une aubaine pour les opérateurs, résume Régis Rapin: « Presque tous les paysans ou patrons de petites PME ne cracheraient pas sur quelques billets, sans compter qu'ils ont tous une grange ou un silo suffisamment surélevé. » Pour Gabriel Ducrot, « accepter un tel accord est parfaitement humain ». « C'est un mal nécessaire », avance Daniel Rossier. « Bien sûr, observe Jean-Claude Brülhart, mais si dans vingt ans tu apprends que ton natel t'a refilé un cancer, tu aimerais bien mettre le doigt sur quelqu'un, non ?»

Si ni les usagers ni les opérateurs ne sont coupables de la prolifération de ces forêts d'antennes, qui donc ? La réponse tombe, d'une seule voix: « Les politiciens. Ils ont lâché la bride aux acteurs de cette concurrence sans y mettre de gardefous. »

Texte: Ivan Radja